Par Thierry Vautrat
Auteur à 17 ans de sa première victoire à Roland-Garros contre Marin Cilic, le jeune Français Moïse Kouamé produit un tennis riche de belles promesses. Il est l’un de ceux qui vont va prendre la suite de Gaël Monfils, battu en cinq sets lundi soir.
A-t-on assisté à la naissance d’un futur grand ce mardi, dans la fournaise de Roland-Garros? Moïse Kouamé, 17 ans, a dicté sa loi à Marin Cilic, s’imposant en trois sets, sans coup férir ou presque (7-6 6-1 6-2). Les deux hommes livrèrent un combat longtemps acharné, incertain, qui aurait pu tourner sur l’expérience du Croate, vainqueur de l’US Open en 2014. Mais le jeune homme s’appuya sur la solidité d’un mental en acier et la qualité d’un tennis bien rodé aux subtilités de la terre battue. Il remporta le premier set au tie-break (7-4).
On put craindre alors qu’il ne se désunisse, comme cela avait été le cas face à Benjamin Bondy au premier tour du tournoi de la Villa Primrose. Vainqueur du premier set à Bordeaux, il avait ensuite cédé les deux manches suivantes, prenant un 6-0 pour finir. Pas cette fois. Le jeune prodige français, insensible à la brûlure du soleil, poursuivit avec un allant magnifique sur le court Simonne-Mathieu, infligeant un cinglant 6/1 6/2 à son rival.
“Je suis très content du niveau que j’ai produit, lança-t-il en conférence de presse après sa victoire. Du point de vue tennistique, j’étais assez serein, je savais que j’étais prêt, je sentais bien mon service, mon coup droit, mon revers. Je me sentais bien physiquement et mentalement. Perdre ce match n’était pas un facteur qui me stressait vraiment. Je voulais juste rentrer sur le court et m’amuser.”

Gaël Monfils
Le premier depuis 2009
Moïse Kouamé ne réalisait pas alors qu’il venait de signer un véritable exploit.Cela faisait depuis plus de 17 ans et Bernard Tomic au premier tour à Melbourne qu’un joueur aussi jeune n’avait remporté un match du Grand Chelem. Et il faut remonter à 1991, avec le succès du Roumain Dinu Pescariu pour trouver trace d’un joueur de l’âge de Kouamé, vainqueur d’un match à Roland-Garros.
Alors, l’exploit d’un jour ne garantit jamais de lendemains glorieux et l’histoire du tennis regorge de ces succès prometteurs jamais confirmés. Mais Moïse Kouamé paraît solide, capable de maîtriser les effets d’une victoire étourdissante. Classé 876e en début d’année, il figurait déjà à la 316e place au début du mois de mai. Entraîné par Richard Gasquet, il progresse vite et semble mûr pour prendre la suite des derniers mousquetaires.
ar il y a comme un symbole à voir ce jeune homme signer son premier succès à Roland-Garros, au lendemain du dernier match de Gaël Monfils. A croire qu’il s’était investi d’une mission divine, prendre le témoin laissé sur la terre par son glorieux prédécesseur et livrer la promesse qu’il entretiendrait l’héritage de son aîné, en même temps que la flamme du tennis français.
“La Monf” a en effet tiré ses dernières cartouches lundi soir Porte d’Auteuil, dans une de ces prestations de gala, qu’il aime à sublimer. Il s’est battu avec cœur et détermination pendant cinq sets face à Hugo Gaston mais à 39 ans, il était logique qu’il cédât face à la jeunesse de son compatriote.

Arthur Rinderknecht
Les héritiers naturels
Gaël Monfils a tiré sa révérence au bout de la nuit mais nous promet encore quelques belles soirées, notamment à New York où l’atmosphère sublime ses coups les plus fantastiques. Mais il sait que l’avenir appartient à Moïse Kouamé, Arthur Fils, Arthur Rinderknecht, Hugo Humbert et Giovanni Mpetshi-Perricard. Ce sont les nouveaux mousquetaires mais aucun n’offrira la même fantaisie sur le court que Monfils, ce joueur aux coups uniques, capable d’enflammer tous les stades du monde. On lui réservait les plus belles enceintes, parce que l’on aimait son tennis, ses prestations uniques. Monfils n’a jamais gagné de Grand Chelem, sans doute parce que sa générosité lui a toujours fait préférer le geste sensationnel à celui qui lui garantissait un point. Monfils est peut-être le dernier artiste du tennis, il manquera à tous les amoureux de ce sport.
Photos : Thierry Vautrat
Moïse Kouamé, à Primrose, développe un jeu efficace sur terre battue
Gaël Monfils est très attendu à New York, dans un tournoi de Flushing Meadows qu’il a toujours illuminé de son talent
Arthur Rinderknecht l’un des Français à suivre à Roland-Garros


