Oktoberfest : quand Munich célèbre l’art de vivre bavarois

EVENEMENTS

8 Sep 2026

Par Angélys Saint-Clair

Chaque automne, Munich change de rythme. Sur la Theresienwiese, les chevaux ouvrent les cortèges, les fanfares donnent le ton, les Dirndl et les Lederhosen envahissent les allées et, sous d’immenses chapiteaux, des milliers de convives lèvent leur Maß au son des orchestres bavarois. Plus qu’une fête de la bière, l’Oktoberfest est une véritable célébration culturelle, populaire et intergénérationnelle. En 2026, sa 191e édition se déroulera du 19 septembre au 4 octobre.

Une fête née d’un mariage royal

L’histoire débute en 1810 avec le mariage du prince héritier Louis de Bavière, futur Louis Ier et la princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen. Pour célébrer l’événement, les habitants de Munich sont conviés à de grandes festivités organisées sur une prairie située alors aux portes de la ville. Le lieu prendra bientôt le nom de Theresienwiese, littéralement le « pré de Thérèse », en hommage à la jeune mariée. Une grande course de chevaux clôt les célébrations et rencontre un tel succès que l’événement est reconduit l’année suivante : l’Oktoberfest était née.

Plus de deux siècles plus tard, les chevaux sont toujours là, les costumes aussi, mais la petite fête bavaroise est devenue un phénomène mondial. Avec plus de six millions de visiteurs certaines années, elle est aujourd’hui considérée comme la plus grande fête populaire au monde. En 2025, environ 6,5 millions de personnes ont fréquenté la Wiesn.

« O’zapft is! » : trois mots et la fête commence

L’ouverture de l’Oktoberfest possède son propre rituel : le premier samedi, dans le célèbre chapiteau Schottenhamel, le maire de Munich perce solennellement le premier tonneau de bière. Lorsque retentit le traditionnel « O’zapft is! », « le tonneau est percé ! », l’Oktoberfest peut officiellement commencer.

Mais avant même le premier verre, Munich se met en scène : les attelages richement décorés des brasseries traversent la ville, accompagnés de musiciens et de personnages en costumes traditionnels. Le lendemain, le grand défilé des costumes et des tireurs prolonge cette célébration de l’identité bavaroise. En 2026, ces deux grands rendez-vous auront lieu les 19 et 20 septembre.

Derrière le folklore se cache surtout une remarquable capacité à maintenir vivantes des traditions anciennes sans les transformer en simples décors touristiques.

La bière, évidemment… mais pas n’importe laquelle

Impossible d’évoquer l’Oktoberfest sans parler de sa bière : la provenance est une affaire sérieuse. Seules six grandes brasseries munichoises sont autorisées à servir la bière officielle de la fête : Augustiner, Hacker-Pschorr, Hofbräu, Löwenbräu, Paulaner et Spaten. La bière Oktoberfest bénéficie en outre depuis 2022 d’une indication géographique protégée au niveau européen.

Elle se commande généralement en Maß, cette impressionnante chope d’un litre devenue l’un des symboles de l’événement. En 2026, son prix se situe entre 14,80 et 15,90 euros selon les établissements.

Pourtant, réduire l’expérience à la bière serait une erreur. La Wiesn est autant une affaire de convivialité que de dégustation. On s’installe autour de longues tables de bois où voisins, inconnus et visiteurs venus de l’autre bout du monde finissent rapidement par chanter ensemble.

À table, toute la Bavière

L’Oktoberfest se découvre également par l’assiette. Les grands classiques bavarois y règnent en maîtres : poulets rôtis à la peau croustillante, saucisses, jarrets de porc, Bretzels géants, quenelles, pommes de terre, fromages et pâtisseries généreuses.

Dans les chapiteaux, les cuisines fonctionnent à un rythme impressionnant. Mais malgré l’échelle de l’événement, chaque tente tente de conserver sa personnalité gastronomique et son ambiance propre. Certaines cultivent l’esprit de la grande brasserie traditionnelle, quand d’autres privilégient une atmosphère beaucoup plus festive. L’Oktoberfest compte aujourd’hui 17 grands chapiteaux et 21 plus petits. C’est l’un des plaisirs de la Wiesn : changer de chapiteau revient presque à changer d’univers.

Dirndl, Lederhosen et élégance bavaroise

L’autre spectacle se trouve dans les allées.

Pour beaucoup de Bavarois, venir à l’Oktoberfest en costume traditionnel n’a rien d’un déguisement. Le Dirndl, porté par les femmes, et le Lederhose, pantalon ou culotte de cuir traditionnellement porté par les hommes, incarnent un attachement à l’identité régionale. Le vestiaire a néanmoins évolué. Créateurs, maisons spécialisées et jeunes marques bavaroises réinterprètent aujourd’hui ces silhouettes avec des tissus plus sophistiqués, des broderies contemporaines et des accessoires parfois très recherchés.

À Munich, quelques semaines avant l’ouverture de la fête, les vitrines elles-mêmes se mettent aux couleurs de la Wiesn. Cette alliance entre héritage et modernité constitue l’un des charmes de l’Oktoberfest : la tradition n’y paraît jamais totalement figée.

Sous les chapiteaux, une énergie incomparable

Il faut entrer dans l’un des grands Festzelte pour véritablement comprendre le phénomène.

Des milliers de personnes sont réunies sous une même structure. Les orchestres jouent des airs traditionnels puis des chansons reprises en chœur. Les serveuses et serveurs circulent entre les tables en portant plusieurs chopes à bout de bras. Les conversations se mélangent aux cuivres, aux applaudissements et au tintement du verre.

Puis vient ce moment presque inévitable où une table se met à chanter, bientôt imitée par la suivante. L’Oktoberfest possède cette capacité rare à faire tomber très rapidement les barrières sociales et culturelles. Locaux et voyageurs, jeunes et moins jeunes, habitués et néophytes partagent les mêmes bancs.

Entre nostalgie et fête foraine

À l’extérieur des tentes, l’Oktoberfest dévoile un autre visage.

La Theresienwiese se transforme en immense fête foraine avec manèges, grandes roues, attractions à sensations, stands de gourmandises et jeux traditionnels. Cette dimension fait partie de son histoire : le premier manège et les premières balançoires apparaissent dès 1818, avant que les attractions ne se multiplient durant le XIXe siècle.

Pour retrouver l’atmosphère d’autrefois, l’Oide Wiesn, la partie historique de la fête, propose une expérience plus nostalgique, inspirée des anciennes Oktoberfest. On y retrouve l’idée originale d’une célébration familiale et populaire, bien loin de l’image parfois réductrice d’une fête uniquement consacrée à la bière.

Munich, bien au-delà de la Wiesn

L’Oktoberfest offre aussi un excellent prétexte pour redécouvrir Munich, car entre deux passages sur la Theresienwiese, la capitale bavaroise révèle un visage plus élégant : les façades de la vieille ville autour de Marienplatz, les jardins anglais, les musées, les grandes maisons de la Maximilianstraße ou encore les restaurants qui revisitent la gastronomie locale. Et lorsque les dernières notes des orchestres s’éteignent, la ville retrouve progressivement son calme.

C’est précisément ce contraste qui fait tout le charme du séjour : l’effervescence presque démesurée de la Wiesn d’un côté, l’élégance structurée de Munich de l’autre.

Plus qu’une fête, un patrimoine vivant

Deux siècles après sa création, l’Oktoberfest aurait pu devenir une simple attraction touristique, mais elle reste pourtant profondément liée à Munich et à la Bavière. Sa réussite tient probablement à cet équilibre subtil.

En effet, il y a les millions de visiteurs, les grandes tentes et les attractions spectaculaires. Mais derrière cette dimension internationale demeurent les brasseries historiques, les familles de restaurateurs, les fanfares, les costumes, les artisans et les traditions transmises d’une génération à l’autre. L’Oktoberfest raconte ainsi une Allemagne festive, chaleureuse et fière de son patrimoine : on vient pour découvrir la bière bavaroise; on reste pour les défilés, la musique, la cuisine et cette incroyable énergie collective.

Et lorsque des milliers de verres se lèvent sous les chapiteaux au même instant, on comprend pourquoi les Munichois ne parlent presque jamais d’« Oktoberfest », pour eux, elle reste simplement la Wiesn.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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